J’adore le bleu indigo, c’est une couleur qui m’accompagne depuis des années.

Dans mes voyages, j’ai été fascinée par ce bleu d’abord dans ma rencontre avec l’Afrique et ses textiles, les touaregs et leur peau sombre bleuie, protégée, parfumée, leurs tenues empesées, satinées, aux drapés d’une élégance royale, puis dans ma rencontre avec l’Asie, à l’autre bout du monde: j’ai retrouvé comme un trait d’union et un lien universel, cette couleur dans l’artisanat des tribus minoritaires d’Asie, les peuples des montagnes, les peuples des mers…

Je trouve cela fascinant que partout chez toutes ces peuplades anciennes qui semblent sans lien aucun les unes avec les autres, situées dans des parties du monde isolées, se retrouve cette racine tinctoriale: des peuples dont je ressens le trésor hérité, la descendance d’une histoire royale, d’un raffinement, de savoirs et les mystères d’une civilisation d’un autre monde.

Il y a quelque chose de captivant pour moi dans la profondeur de ce ton, dans sa vibration et dans sa puissance. Quelque chose en lien avec l’immensité du cosmos, l’espace, la reliance, la paix.

J’ai fabriqué cette couleur sans m’en rendre compte… et c’est lorsque je l’ai posée sur le papier que j’ai réalisé que l’indigo s’était frayé un chemin jusqu’à moi, qu’il était là dans toute sa beauté et m’appelait à l’ouverture d’une nouvelle porte d’expression… l’Or aussi, s’est naturellement invité dans ces hautes vibrations célestes.

Je rêve à ces hommes et femmes artistes, à ces maîtres japonais, qui ont dédié toute leur vie à l’apprentissage et à la maîtrise vers la perfection de la teinture à l’indigo,

à cette eau qui bout et à la vapeur qui s’évapore,

à la main qui mélange cette couleur avec un bâton de bois en un geste lent, conscient, à l’écoute…

aux odeurs de terre, de feu, de nature,

au chant des oiseaux et au crépitement des flammes,

au vent qui souffle et qui sèche ce tissu étendu là,

au silence , à la reliance, au cosmos, au temps qui s’écoule…

J’ai perçu une première silhouette immense en train de prendre forme et de se soulever, de naître d’elle-même. Ce personnage trapu, fort, replié sur lui même et qui se redresse semble contenir tout le cosmos en lui, être le cosmos… Il y a quelque chose de premier, de magmatique, de l’ordre de la formation vers la matière dans l’énergie… comme une terre glaise dont les particules se rassemblent pour former un être…. je perçois cette symbolique d’une naissance à moi-même.

2 autres titans naissent dans une posture similaire, un colibri – ange, un éléphant, quelques créatures aquatiques des profondeurs de l’océan, des anges, une mère…

Curieuse de savoir qui sont ces titans, et après quelques lectures rapides je trouve la réponse: les titans sont les fils d’Ouranos (le ciel – 1 – Yang) et de Gaia ( la Terre – 2 – yin), ils étaient 12. Ici il y en a 3 ( 3= l’enfant, le résultat, ou la marche, la mise en mouvement): et c’est ce que je vois dans ce dessin: il y a eu le dessin de l’UNION, où on trouvait l’idée du couple, du yin et du yang, dans la représentation, mais ici on voit une mise en mouvement de la matière, une mise en (trans)formation, quelque chose qui vient s’incarner.

Il n’y a pas de hasard dans ce côté primordial accentué par la présence de créatures des profondeurs océaniques. Cette naissance n’est pas encore, elle en est à son tout début, elle prend forme, dans une sourde vibration sonore puissante, profonde et immense.

* mettre le son*Lecture du texte relié à la peinture d'Âme: "les trois Titans"Le texte écrit ainsi qu'une meilleure qualité photo du tableau est à retrouver sur le blog de mon site: https://tym-amandine.com/2020/05/10/les-3-titans/

Publiée par Tym Amandine sur Dimanche 10 mai 2020